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Un an après avoir repris la chaudronnerie Taillefer

Article paru dans  Ouest France.  A Caen, Gaëlle Pignet pose un regard satisfait dans le rétroviseur. Le challenge personnel qu’elle s’était fixé est réussi.

Mars 2019. Dans un bureau où rode encore l’âme de son ancien propriétaire, Gaëlle Pignet sait qu’elle va devoir batailler ferme pour relever le challenge qu’elle s’est imposé. Fille du carrier Jean-Max Pignet, la quadragénaire a décidé de quitter le giron familial pour vivre sa propre aventure. Mais les cédants d’entreprise rechignent à confier leur affaire à une femme, novice de surcroît.

De refus en désillusions, alors qu’elle est à deux doigts de jeter l’éponge, Gaëlle Pignet va enfin rencontrer la bonne personne. Après 38 années de labeur, Jean-Louis Teillant s’est résolu à vendre la chaudronnerie Taillefer. Et céder son fauteuil à une femme ne lui pose aucun problème, « tant qu’elle affiche un tempérament d’entrepreneuse et qu’elle place les relations humaines au-dessus de tout ». Bingo !

Un an plus tard, nous retrouvons la cheffe d’entreprise dans un bureau, plus vaste, plus moderne… et partagé. Son époux, Jean-Michel Condal est devenu son principal collaborateur. Cet ingénieur des mines possède une solide expérience et un carnet d’adresses bien rempli. « Il aurait été dommage de se priver de ses compétences. »

Depuis mai, Jean-michel Condal a rejoint Taillefer en tant que directeur technique. Son expertise a permis à l’entreprise de prendre de l’étoffe : « Jean-Michel a développé une activité de maintenance qui n’existait pas avant et a modernisé notre parc de machines. » Mais que les choses soient claires : « La patronne, c’est moi. » Les rôles ont été clairement répartis : A moi les ressources humaines, la facturation et la représentation. Les relations clients et les stratégies techniques, c’est Jean-Michel. »

Bons et mauvais moments

En s’installant dans le fauteuil de Jean-Louis Teillant, Gaëlle Pignet s’était fixé quelques objectifs à moyen terme : doubler les effectifs (il y avait 39 personnes à son arrivée) et faire grimper le chiffre d’affaires de 8 à 14 millions d’euros.

Un peu moins d’un an plus tard, le bilan est positif : « Nous allons dans le bon sens », dévoile-t-elle avec satisfaction. Au plus fort de l’activité, « nous avons fait travailler plus de soixante personnes ». Quant au chiffre d’affaires, « il progresse, au-delà de nos prévisions ». Surtout, « nous avons pérennisé le savoir-faire de l’entreprise et conservé la clientèle, ce qui est essentiel à nos yeux. »

Voilà pour le bilan comptable. Mais le métier de chef d’entreprise, c’est aussi et surtout la gestion des équipes, dans les bons comme les mauvais moments. Malheureusement, l’entreprise Taillefer n’a pas été épargnée ces derniers mois. Les coups durs se sont succédés. D’abord, « le départ de l’ancienne équipe directoriale qui ne s’est pas retrouvée dans notre fonctionnement. »

Puis, quelques mois plus tard, « des pannes successives sur les machines ont ralenti l’activité pendant plusieurs jours. » La cheffe d’entreprise a dû également gérer un climat social un peu tendu, le temps de renégocier les accords des 35 heures devenus caduques.

Enfin, ce drame qui restera à jamais gravé dans sa mémoire : « L’un de nos collaborateurs est décédé subitement dans la nuit. Il avait quitté l’entreprise en souriant, la veille, et le lendemain, il n’était plus là. » Gaëlle Pignet n’oubliera jamais ce moment où il a fallu annoncer la terrible nouvelle aux salariés : « Nous étions tous en larmes dans l’atelier. Ce jour-là, j’ai mesuré le poids de mes responsabilités. »

Aujourd’hui, la cheffe d’entreprise et l’épouse, la fille et la maman de deux fillettes cohabitent parfaitement. Gaëlle Pignet a trouvé l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle, les attentes de ses proches et les limites qu’elle s’impose. « Je m’épanouis » résume-t-elle avec sincérité.

Crédit image : Image en France